Habilitation Electrique 8 min de lecture

Consignation électrique : les étapes, et celle qu'on saute le plus souvent

Séparation, condamnation, identification, vérification d'absence de tension, puis mise à la terre quand elle est requise : l'INRS fixe l'ordre de la consignation électrique. Une étape saute plus que les autres en formation, et c'est elle qui donne son sens à la VAT.

U
ULRICH CALMO
Auteur · EYNOR
Consignation électrique : les étapes, et celle qu'on saute le plus souvent

Selon l'INRS, la consignation électrique d'un équipement suit cinq étapes, dans cet ordre : séparer l'équipement de toutes ses sources d'énergie, condamner les organes de séparation en position ouverte, identifier sur le lieu de travail l'équipement concerné, vérifier l'absence de tension, puis mettre à la terre et en court-circuit (en basse tension, cette dernière opération n'est pas toujours requise). L'étape que je vois le plus souvent sautée en formation est l'identification. Et c'est elle qui donne son sens à la vérification d'absence de tension.

Pourquoi on consigne

Pour l'INRS, les travaux effectués hors tension sont les seuls qui présentent une sécurité totale vis-à-vis du risque électrique. Encore faut-il que la tension soit vraiment supprimée, et qu'elle le reste pendant toute l'opération.

C'est le rôle de la consignation. Couper un disjoncteur ne suffit pas. Un collègue peut le réenclencher, un départ mal repéré peut alimenter autre chose que ce qu'on croit.

La quatrième de couverture de la brochure INRS ED 6109, Consignations et déconsignations résume le problème en une phrase : « Dans la majorité des cas, la victime se croyait en sécurité, mais la consignation s'est avérée incomplète. »

Les cinq étapes, dans l'ordre

La séquence est décrite sur la page INRS prévention du risque électrique. L'ED 6109 insiste : l'ordre ne se discute pas.

1. Séparer

On isole l'équipement de toutes les sources possibles de tension, en amont et en aval. On peut ouvrir un sectionneur. L'ED 6109 cite aussi l'enlèvement de fusibles et le retrait d'une fiche de prise de courant comme des séparations certaines. Avant de séparer, il faut savoir quoi séparer. C'est la pré-identification, que l'INRS mentionne dans la mise en sécurité d'un circuit : repérer sur le schéma et au tableau le ou les départs qui alimentent l'équipement.

Attention aux sources qu'on oublie : un onduleur, un groupe électrogène, une installation photovoltaïque, un circuit de commande alimenté depuis une autre armoire.

2. Condamner

La condamnation empêche quiconque de refermer l'organe de séparation. L'INRS demande un verrouillage par un dispositif matériel difficilement neutralisable et facilement identifiable, en pratique un cadenas de consignation. Et pas n'importe lequel. L'ED 6109 précise que les cadenas standards, ceux qui ferment une boîte à outils ou un casier, ne doivent pas être utilisés (ou alors dans un cadre d'organisation très strict).

La condamnation va avec une signalisation bien visible, du type « Condamné, défense de manœuvrer sans autorisation », avec le nom, la date et l'heure.

3. Identifier

Sur le lieu de travail, on s'assure avec certitude que l'équipement devant soi est bien celui qui vient d'être séparé et condamné. Pas un autre. On y revient plus bas.

4. Vérifier l'absence de tension

La vérification d'absence de tension (VAT) se fait au lieu de travail, sur chacun des conducteurs actifs, neutre compris, avec un vérificateur d'absence de tension spécialement conçu pour ça. L'ED 6109 est explicite : les appareils de mesurage et les détecteurs de type voltmètre ou tournevis testeur ne sont pas des VAT.

Les stagiaires le découvrent souvent : tant que l'absence de tension reste à prouver, l'installation est considérée comme sous tension. La VAT se fait donc avec les mesures de sécurité d'une opération sous tension, équipements de protection compris.

5. Mettre à la terre et en court-circuit, quand c'est requis

Elle se fait immédiatement après la VAT, sur tous les conducteurs actifs, au plus près de la zone de travail. Elle protège contre une réalimentation par l'amont, par l'aval ou par une source autonome. La mise à la terre se raccorde d'abord côté terre, ensuite côté conducteurs.

En basse tension, l'INRS indique que cette opération n'est pas requise dans certaines conditions d'intervention. Ces conditions relèvent de la norme NF C 18-510, et on les travaille en formation sur des cas concrets.

ÉtapeCe qu'on faitLe piège vu sur le terrain
SéparationOuvrir le sectionneur, retirer les fusibles ou la ficheOublier la réalimentation par l'aval (onduleur, groupe, photovoltaïque)
CondamnationCadenas de consignation et pancarteUn cadenas de vestiaire, ou pas de pancarte du tout
IdentificationConfirmer sur place que c'est le bon équipementSe fier à l'étiquette du TGBT sans aller voir
VATTester chaque conducteur actif, neutre compris, au lieu de travailVérifier au pied du disjoncteur qu'on vient d'ouvrir
Mise à la terre et en court-circuitPoser le dispositif juste après la VAT, quand il est requisLe poser dans le mauvais ordre, côté conducteur d'abord

L'étape qu'on saute : l'identification

Je la vois disparaître à presque chaque mise en situation. Le stagiaire sépare proprement, pose son cadenas, remplit sa pancarte. Puis il revient à l'armoire et enchaîne directement sur la VAT. Sauf qu'il la fait sur les bornes aval du disjoncteur qu'il vient d'ouvrir.

Forcément, il ne trouve rien. Il a prouvé qu'il n'y a plus de tension là où il a coupé. Il n'a rien prouvé sur l'équipement qu'il va toucher.

Pourquoi elle saute ? Ce que j'entends en débriefing revient toujours aux mêmes idées.

  • L'étiquette du tableau inspire confiance. « Laverie », « CTA toiture », « Éclairage parking », « PC bureaux » : on la lit et on considère que c'est réglé. Or une étiquette date du jour où elle a été posée. Entre-temps, il y a eu des travaux et parfois un circuit ajouté sur une ligne libre.
  • Elle ressemble à une formalité. On a coupé soi-même, on sait ce qu'on a coupé. Du moins on le croit.

Et puis elle oblige à marcher. Le tableau divisionnaire est au rez-de-chaussée, l'équipement dans un local technique au sous-sol ou en terrasse. L'identification demande d'aller sur place et de faire le lien, physiquement, entre le départ condamné et le matériel devant soi. En fin de journée, c'est le pas qu'on économise.

Et c'est pour ça que l'ordre compte. L'identification précède la VAT. Une VAT faite au lieu de travail, sur le bon équipement, attrape une erreur de repérage. Une VAT faite au mauvais endroit la confirme.

En pratique : la laverie d'un Ehpad, un mardi après-midi. Un technicien de maintenance doit remplacer le contacteur d'un séchoir. Au TGBT, un départ porte l'étiquette « Laverie séchoirs ». Il l'ouvre, pose son cadenas, accroche sa pancarte. S'il vérifie l'absence de tension au pied de ce disjoncteur, son VAT dit vrai : plus rien à cet endroit. Sauf que depuis la rénovation de l'aile B, ce séchoir est alimenté par l'armoire divisionnaire de la laverie. S'il descend, ouvre le coffret du séchoir et vérifie sur les bornes du contacteur, phases et neutre, le VAT signale une présence de tension. Il s'arrête, remonte, reprend la pré-identification sur le schéma. Quelques minutes perdues. Rien d'autre.

Qui a le droit de consigner

L'INRS distingue deux cas dans sa foire aux questions sur l'habilitation. Consigner pour son propre compte, dans le cadre d'une intervention en basse tension, est autorisé au chargé d'intervention générale, habilité BR (et aux chargés d'essais pour leurs essais). Consigner pour d'autres personnes demande l'habilitation de chargé de consignation, symbole BC en basse tension.

Le chargé d'intervention élémentaire, habilité BS, réalise pour son propre compte la mise hors tension de son circuit : pré-identification, séparation, condamnation, vérification d'absence de tension. Le détail figure sur la page INRS consacrée aux opérations sur les installations électriques.

Dans tous les cas, c'est l'employeur qui délivre l'habilitation, après s'être assuré que le salarié a reçu la formation théorique et pratique adaptée (article R.4544-10 du Code du travail). L'organisme de formation forme et évalue. Vous trouverez le détail sur notre page obligations de l'employeur.

Et la déconsignation ?

Elle se fait généralement dans l'ordre inverse : dépose des mises en court-circuit puis des mises à la terre, retrait de la condamnation, refermeture de l'organe de séparation. L'ED 6109 rappelle qu'elle demande la même attention que la consignation. Avant de refermer, on s'assure que plus personne n'a la main dans l'armoire.

FAQ

Quelles sont les étapes de la consignation électrique ?

L'INRS en décrit cinq, à appliquer dans l'ordre : séparation de toutes les sources d'énergie, condamnation en position ouverte, identification de l'équipement sur le lieu de travail, vérification d'absence de tension, puis mise à la terre et en court-circuit. En basse tension, cette cinquième opération n'est pas requise dans certaines conditions d'intervention.

Peut-on vérifier l'absence de tension avec un multimètre ?

Non. L'INRS précise dans l'ED 6109 que les appareils de mesurage, voltmètre ou tournevis testeur, ne sont pas des vérificateurs d'absence de tension.

Quelle habilitation faut-il pour consigner ?

Pour son propre compte en basse tension, l'habilitation BR suffit. Pour consigner au profit d'autres personnes, il faut être habilité chargé de consignation, symbole BC en basse tension. Le titulaire du BS met lui-même son circuit hors tension pour ses interventions élémentaires.

La mise à la terre est-elle obligatoire en basse tension ?

Pas toujours. L'INRS indique qu'en basse tension, sous certaines conditions d'intervention, elle n'est pas requise. Quand elle l'est, elle se pose immédiatement après la vérification d'absence de tension.

Pour aller plus loin, téléchargez notre guide pratique habilitation basse tension. Vous devez former des électriciens à la consignation ? La fiche de la formation basse tension initiale détaille le programme, les dates sont sur le planning, et vous pouvez demander un devis, réponse sous 24 h ouvrées. Et chez vous, qui vérifie que l'étiquette du tableau dit encore la vérité ?

Pour votre équipe

Besoin d'une formation habilitation électrique pour votre équipe ?

Inter ou intra-entreprise, sur site ou à distance. Devis personnalisé sous 24 h ouvrées.

Demander un devis
8 min
Temps de lecture
13 oct. 2026
Publié
Action

Former mes équipes.

Passez de la théorie à la pratique. Nos formations sont conformes à la NF C 18-510 et au référentiel INRS.